
Par Gilles Pastor
Le 22 octobre 2011 à The Invisible Dog Art Center, New-York (USA) lors de la performance I WALK IN THIS GARDEN / 1 (Festival Walls and Bridges, Villa Gillet / Les Subsistances, Lyon), j’ouvre le colis postal que Keith Collins, compagnon et collaborateur de l’artiste anglais Derek Jarman, m’a envoyé.
Le 31 mai 2012, à l’occasion de la performance I WALK IN THIS GARDEN / 2, j’invite Keith Collins à récupérer les combinaisons bleues de Derek Jarman découvertes dans ce colis postal.
Par Keith Collins
En 1986, un après-midi de printemps où nous traversions le Kent en voiture à la recherche d’un pré de jacinthes des bois à filmer en super-8 pour le film qui deviendrait « The Garden », Derek proposa que nous mangions au Pilot Inn de Dungeness, un établissement censé servir « le meilleur fish & chips de toute l’Angleterre ». Charmés par le paysage, nous avons décidé de visiter le vieux phare.
À un moment donné, Derek nous a dit : « Je connais un joli cottage de pêcheur là-bas. S’il est en vente, je l’achète ! ».
Nous nous sommes approchés de la bâtisse laquée noir aux fenêtres jaune canari, et nous avons vu la pancarte verte et blanche For Sale : Derek ne pouvait plus se rétracter. Le jardin a démarré de façon accidentelle : un pieu lissé par les flots, surmonté d’un os ramassé sur la plage, servit d’abord de tuteur à une aubépine transplantée là ; un long silex trouvé à marée basse a ensuite protégé un jeune chou marin des pieds étourdis. Peu à peu, le jardin acquit une autre signification : les plantes, qui se débattaient avec des vents mordants ou un soleil digne de la Vallée de la Mort, se firent l’écho du combat que Derek menait contre la maladie, puis, avec le temps, alors que tout se mettait à fleurir dans le jardin, elles offrirent un contraste de plus en plus violent avec lui, qui commençait à s’étioler.
(extr. Préface Un dernier Jardin – Derek Jarman)