
Par Gilles Pastor
« Fureurs » est le titre de mon programme de recherche à Salvador da Bahia (Br).
Fureurs, c’est-à-dire,
emportements, excès provoqués par la passion, exaltation,
inspiration, possession - possession mais aussi transe – transe à
travers le Candomblé, rencontre du catholicisme et des
religions afro-brésiliennes.
Le Candomblé est une religion du corps,
les dieux ou Orixas se manifestent à travers le corps des initiés dont
ils prennent possession s’incorporant en eux.
Au XVIè siècle, Bahia
était alors le cœur économique du Brésil colonial, un développement qui
s’appuyait sur la déportation massive d’esclaves noirs venus du Bénin.
Secrètement, les esclaves se réunissaient pour célébrer le Candomblé,
ce qui entraîna un syncrétisme religieux. Religion et culte
afro-brésilien sont ainsi intimement liés, mêlant les divinités
africaines et les saints catholiques, adorant les uns derrière les
images des autres.
Après avoir plongé dans le théâtre intime de mon épilepsie avec l’écriture du spectacle Fermez vos yeux, Monsieur Pastor, je voulais poursuivre mon travail sur les désordres du corps à travers la transe et à la possession dans le Candomblé.
Ce que j’ai lu à Salvador dans la transe du Candomblé et qui me semble ne pas exister en Afrique, c’est la violence de la déportation et de l’esclavage. Il y a cet affect à Salvador qui ne peut exister en Afrique.
À Salvador, il y a cette mère Afrique, l’Afrique rêvée et mythique. Ce que le corps dessine avec la transe est cette mémoire ressuscitée.
La création de Treize Degrés Sud (2009) s’est construite à la suite de ma résidence en coopération avec des artistes de Salvador, danseur et musiciens.
Au cours des cérémonies le corps des adeptes est visité par les Dieux, il en reste au sortir des reflets qui les grandissent et les ennoblissent.
Les tambours sont les voix du dieu, une sorte d’impératif sonore où l’orisa exige le corps de ses Iyawo pour s’y manifester. Étant immatériels, les orisa ne peuvent se manifester qu’à travers leurs Iyawo qu’ils mettent en transe et dont ils prennent possession s’incorporant en eux. Les Iyawo deviennent les orisa.
La transe débute par des hésitations et des faux pas, des frémissements, des mouvements désordonnés des danseurs.
Pierre Verger – 1957 – Notes sur le culte des Orisa à Bahia
Bibliothèque de la Fondation Pierre Verger / Salvador